« Etre artiste c’est parler de soi et des autres » Christian Boltanski


 

Il est l'artiste de « la mémoire » et a marqué « nos mémoires » : Mémoire collective, mémoire familiale, mémoire de l’intime. Ses installations monumentales et poétiques nous touchent depuis plus de 40 ans : Né à Paris en 1944, Christian Boltanski est l’un des artistes majeurs de la création contemporaine.  De ses montagnes de vêtements sous la nef du Grand Palais à ses clochettes dans le désert d’Atacama en passant par sa bibliothèque de battements de cœur, Christian Boltanski interroge encore et toujours, dans la lignée des plus grands. Son œuvre s’expose dans le monde entier, de Paris à Shanghai, en passant par Jérusalem et New York.

Quelle que soit son œuvre, Boltanski est nourri par ce désir de sauver chaque instant qui nous fabrique, nous forme. C’est pourquoi Boltanski aime à parler de « la petite mémoire » ; celle  du quotidien, celle qui nous construit, celle des petites choses singulières propres à chacun. Celle qui fait de nous ce que nous sommes. C’est ainsi que Boltanski au travers de cet œuvre protéiforme cherche non seulement à lutter contre l’oubli mais également à permettre à chacun de se retrouver dans son œuvre. Livres, vêtements, boites, battements de cœur.. Tous les objets qu’il convoque sont les dépositaires d’un souvenir. Mais pas n’importe quel souvenir. Et là est la force de cet artiste : un souvenir à très fort pouvoir émotionnel. Chaque objet plonge chacun des spectateurs à sa manière dans le passé : passé personnel, passé fictif, passé de l’humanité….

 

A la décourverte d’un œuvre :

Titre : « PERSONNES»

Dimension :13 500m2

Contexte : Monumenta Paris Nef du Grand Palais 2010- Installation temporaire in Situ. A l’initiative du ministère de la culture et de la communication, chaque année la Monumenta invite un artiste à investir cet espace .

https://www.youtube.com/watch?v=SXND1GZdBzM&t=51s

Description de l’œuvre:  

A l’entrée :  un mur de casiers rouillés, numérotés fait face. Une seule possibilité : contourner cet obstacle. Mais que contiennent ces boites ?  Nul ne le sait.

Le spectateur arrive ensuite dans une immense salle : par terre, 42 rectangles formés de vêtements rangés à plat. Ils composent une sorte de « plate-bande » où le spectateur est invité à déambuler.

Auprès de chaque carré, des poteaux métalliques au sommet desquels des hauts parleurs qui diffusent le son de battements de cœur de personnes différentes : souvenir de ces gens. Au bout de cette installation, un monticule gigantesque (une quinzaine de mètres) de vêtements. Au-dessus : une grue, qui infatigablement prend une poignée de vêtements, les rejette... Avec des grincements lancinants.  

Tout au long du parcours du spectateur, son imagination est sollicitée, ses sens sont en éveil…..

Analyse de l’œuvre :

Couleurs et formes : Les carrés de vêtements forment des carrés de couleurs, comme des toiles abstraites.

Le titre « Personnes » renvoie à toutes celles qui sont évoquées par les vêtements, les battements de cœur, indications de présences, évocation de vies. Et pourtant pas un visage, personne. Seul, le spectateur dans cette immense halle est confronté à cette installation, visuelle et sonore.

Nous le savons maintenant Boltanski est préoccupé par la mémoire. Comment ici évoque-t-il l’idée de mémoire ?

• L’aspect rouillé, vieilli, des boîtes, en référence au passé.

• Le choix de boîtes, lieux dans lesquels on peut archiver des souvenirs.

• L’enregistrement audio, donc de son passé, manière de les garder en mémoire.

• L’évocation de tombes, monuments installés en souvenir des morts.

• Les vieux vêtements,…

Sens de l’œuvre

Avec cette installation Boltanski veut provoquer chez le spectateur un moment d’émotion intense. Investissant l’ensemble de la grande nef, il crée un lieu où le son est aussi important que le visuel.

·       Les boîtes à biscuits rouillées (régulièrement utilisées dans ses œuvres – Centre Georges Pompidou- les archives 1989) évoquent dans cette installation, des urnes funéraires de cimetière.

·       Les vêtements : Les carrés de vêtements ressemblent à des tombes comme dans un immense cimetière (réserve- 1990).  Le tas de vêtements fait penser à la Shoah, aux Nazis qui empilaient en tas immenses les habits des Juifs et leur corps à part.

·       La grue : celle-ci prend des vêtements au hasard pour les emmener en hauteur. Certains passent au travers des mailles du filet. D’autres non. Pour Boltanski, chaque vêtement représente une personne. C’est donc des vies que la grue prend ou non. Ce mécanisme fait référence au hasard de la destinée de chaque personne.

·       Le froid : Boltanski a choisi de réaliser son installation durant l’hiver et a refusé le chauffage, pour que le spectateur puisse éprouver le froid. 

Boltanski souhaite ainsi, que le spectateur se sente oppressé dans son installation et éprouve le besoin de retourner à la vie de l’extérieur du grand Palais. Cette œuvre transforme l’ensemble du bâtiment par la création d’une ambiance particulièrement saisissante et émouvante. Le spectateur se sent totalement immergé par l’œuvre. Elle constitue comme une promenade à effectuer. Boltanski met mal à l’aise le visiteur en lui faisant ressentir le froid, écouter un bruit étourdissant d’usine, entendre les battements cœurs, sentir les odeurs de vieux vêtements, voir un « cimetière ». Il sollicite les sens de chacun pour mieux lui faire éprouver l’œuvre. L'œuvre fait réfléchir sur la vie, la mémoire, la mort, le hasard de la destinée. Ne serait-elle pas une sorte d’interprétation contemporaine du « Jugement dernier »?  

http://www.ina.fr/video/VDD10021674

https://www.youtube.com/watch?v=SXND1GZdBzM&t=51s

Livre : la vie possible- Christian Boltanski/Catherine Grenier-Edition Seuil

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