KLIMT A L ERE DU NUMERIQUE


Le 13 avril 2018 le premier centre d’art numérique immersif « l’atelier des lumières » ouvrait ses portes dans le 11ème arrondissement de Paris en lieu et place de l’ancienne fonderie Plichon. Ce nouveau lieu est l’occasion, jusqu’au 11 novembre 2018 , de voyager au cœur de la « cession viennoise » courant artistique autrichien du XXème siècle dont Gustave Klimt fut le chef de fil. Ce mouvement apparu au tournant du XIXème siècle et fut amené par une jeunesse intellectuelle artistique autrichienne qui voulait « en découdre » avec l’académisme rigide. L’un de leur souhait était de faire disparaître la frontière entre beaux-arts et arts décoratifs qui selon eux était trop fort. Ils prônaient un art total. Pas d’œuvre accrochée aux murs, mais une immersion complète dans le travail de KLIMT avec des œuvres telles que le « baiser », « Danaé », où motifs décoratifs, pétales d’or virevoltent sur les parois de pierre.  Plus de 140 projecteurs, de 3000 images et 40 micros pour cette expérience sensorielle au cœur de cette fonderie de plus de 1500m2 et de 10 m de hauteur.  Chaque espace de ce lieu est couvert. Le public est littéralement enveloppé par les œuvres qui animent cette structure en musique. Si le spectateur est submergé par les vagues de couleurs, l’émotion ressentie par l’œuvre elle-même ne peut être  la même. L’harmonie colorée, les feuilles d’or ou encore les empâtements ne peuvent évidemment rendre la même chose. En fait c’est un spectacle sensoriel fantastique, une réinterprétation de l’œuvre du peintre. Un regret ? Aucun aspect pédagogique. Certes la préoccupation première est de permettre à chacun de vivre une expérience sensorielle, mais n’espérez pas en ressortir avec quelconque notion d’art. Ce concept d’utilisation d’œuvre d’art à des fins de spectacle, de parcours peut d’ailleurs nous amèner à nous interroger sur le sens de l’art. Ici  semble t-il, on cesse de penser, de s'interroger.... le sens de l’œuvre, son contenu ne disparaissent-ils pas au profit de la mise en scène du spectacle ?

Focus sur deux œuvres :

La Frise Beethoven, une aspiration au bonheur (1902) Cette œuvre est l’une des plus célèbres de l’artiste. Longue de 32 mètres, haute de 2 mètres, cette œuvre est une véritable « symphonie » inspirée de l’hymne à la joie de Ludwig van Beethoven et de son interprétation par Richard Wagner. Le thème de la frise est né de l’écoute de l’interprétation par Wagner de la IXème symphonie de Beethoven. Klimt traduit en peinture cette aspiration au bonheur d’une humanité qui cherche son apaisement dans les arts.  Les parterres de fleurs, l’ornementation, le foisonnement du décor, l’utilisation des matériaux les plus variés (morceaux de miroirs, éclats de verres dépolis…) ou encore la présence abondante de l’or révèlent sans conteste l’inspiration à l’art gothique de Gustave Klimt.

Portrait d'Adèle Bloch-Bauer I (1907) Klimt ou l’art de transformer la femme en femme fatale : qu’il s’agisse de l’épouse d’un riche industriel viennois (ici la femme de Ferdinand Bloch-Bauer qui a fait fortune dans le sucre), d’une déesse ou figure biblique… Klimt métamorphose chacune de ces femmes. Ayant grandi dans une famille d’orfèvre, l’or et autres pierreries seront toujours très présents dans son travail. Par ailleurs fortement influencé par les fauves, il utilise sans modération des palettes de rouges, d'orangés aux tons chauds et flamboyants. En les parant de motifs, de bijoux, Klimt parvient à les rendre mystérieuses, sensuelles, impériales. Sous l’impulsion d’un mouvement d’émancipation qui règne alors, Il participe à un renouveau de l’image de la femme. Avec Klimt,  l’image de la femme bourgeoise a un certain parfum de scandale.

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