STREET ART- quand une expo me met en colère....


L'art pictural ne s'exprime pas que dans les musées. Sur la peau - par l’intermédiaire des tatouages - il s'affiche également sur les murs de nos villes, sur leurs panneaux, leurs trottoirs, leurs bornes électriques, leurs poteaux... Finalement le « street art »  existe depuis bien longtemps. S’il s'est développé à partir de la fin des années 1960 il s'inscrit aujourd'hui dans notre culture. De Londres à Berlin, en passant par Barcelone ou Dublin, les murs « peints » fascinent et transforment les métropoles du monde entier en musées à ciel ouvert.

Depuis ses débuts, le street art a généré de véritables stars, comme Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat au siècle dernier. De nos jours, les ambassadeurs de la discipline s'appellent Banksy, Shepard Fairey ou JR.

Banksy. Basé à Bristol, en Angleterre, ce mythe vivant de la scène graffiti s'est fait connaître grâce à ses pochoirs décalés, inspirés par des faits de société. Provocateur, il se sert de son art pour dénoncer avec humour et poésie les excès de la société, en clamant haut et fort ses opinions pacifistes et anticapitalistes. Si son identité demeure secrète, il a néanmoins investi le champ de l'art traditionnel en exposant en galerie. Star parmi les stars, il a notamment vendu trois de ses toiles à Christina Aguilera, contre une somme d'environ 30 000 euros. Il a également réalisé sur commande une fresque sur l'un des murs de la maison de Kate Moss. Coût de l'opération ? Un peu plus de 180 000 euros.

Shepard Fairey s'est rendu célèbre en collant partout ses autocollants "André the Giant Has a Posse". Issu du skateboard, il est devenu célèbre dans le monde entier avec la création du poster HOPE de Barack Obama, réalisé pour sa campagne présidentielle de 2008. Cette image restera comme le symbole de son élection. On peut notamment admirer l'une de ses pièces monumentales dans le 13e arrondissement parisien, entre les stations de métro Chevaleret et Nationale.

Invader, le francais le plus connu d'entre tous, même s'il reste anonyme, est sans nul doute. Depuis la fin des années 1990, cet artiste colle, dans toutes les grandes villes du monde, des mosaïques inspirées principalement de Space Invaders, un jeu vidéo culte des années 1970-1980. En 2011, il fête son 1000ème invader posé sur la façade de La Générale, un squat artistique situé dans le quartier de Belleville à Paris. Il est proche de deux autres illustres "street artists" de l'hexagone, Zevs et André.

JR, travaille à partir de photographies. Il se définit lui-même comme un "activiste urbain" et colle ses clichés dans les favelas brésiliennes, sur des bâtiments voués à la destruction à Shangaï... Son plus grand fait d'arme reste le projet Face 2 Face, une exposition illégale d'immenses portraits d'Israéliens et de Palestiniens, face à face, dans huit villes de chaque côté du mur encerclant la bande de Gaza. Un projet à l'image de l'art urbain, démocratique et pacifiste.

Depuis le  4 octobre à l’Espace Fondation EDF, l’exposition "StreetArt, L’innovation au cœur d’un mouvement veut rendre hommage à ces artistes « de la rue » veut présenter l’évolution des pratiques du street art à travers l’innovation : Innovation des techniques et de la démarche artistique.

La démarche est ambitieuse…. Mais…

Le choix a été fait de porter l’accent sur une mise en scène interactive. Le public intervient sur les œuvres. Il  peut les toucher, et même « faire du street art ».

C’est sur ce point que nous pouvons nous interroger sur la démarche de cette exposition. En effet, l’essence même du street art, le contexte de ce qui fait le street art est tout juste abordé. Vitrine « fourre-tout ou se mêlent références à Lascaux, bombes de spray, affiches de propagandes…Le fondement du street art et de la culture Hip-Hop, est survolé. Les installations ludiques et interactives qui nous accompagnent tout au long du parcours, font du street art un produit marketing mettant en valeur l'espace urbain comme espace marchand.

 Le mouvement du street art est complexe, difficile à appréhender et surtout difficile à réduire. Cette exposition a, certes, le mérite d’exister mais elle passe à côté du mouvement, elle ne réussit pas à en saisir l’essence. Parce qu’il est sauvage, libre et que, pour maintenir cette énergie à la racine, il doit le rester. Aussi, je suis ressortie de cette exposition avec le sentiment d'y avoir passé du  moment mais ne n’avoir rien appris. Bien au contraire, je suis en total désaccord avec le parti pris du commissaire d’exposition et la démarche. Alors que le street art voulait irriter, déplaire, provoqué, interdit, il est présenté ici comme un produit marketing, où tout est permis.

Ces quelques propos ont pour seul but de permettre à mes élèves de « PREPARER UNE ECOLE D ART » de prendre position et de construire leur libre arbitre à propos de ce sujet.

Commentaire